Jeudi 2 octobre 2008
Chers visiteurs de mon blog,

voici un bout de temps que je n'ai pas mis à jour ce blog...
a vrai dire, baignant dans les films et les interviews de réalisateurs toute la journée, je n'ai plus le temps de m'adonner à cette agréable activité qu'est l'écriture.
Je me contenterai donc dans ces prochains temps, de donner quelques conseils à mes fidèles visiteurs, à ceux surtout, qui partagent mes goûts cinéphiliques

allez voir :

Entre les murs, bien sûr

Khamsa
de Karim Dridi (Bye-bye, Pigalle, Cuba-feliz...)
si vous n'avez pas peur de prendre de plein fouet la dureté du monde et de l'enfance de certains "défavorisés" comme on dit. Pas de jugement, de pensée toute faite, juste un regard qui accompagne de jeunes adolescents nés du mauvais côté de la "barrière sociale".

Séraphine de Martin Provost
Une très touchante femme de ménage (Yolande Moreau), mystique, consacre son temps libre, son énergie et son argent à la peinture. Elle a vraiment existé. Elle(séraphine Louis) est actuellement exposée au musée Maillol.

Dernier maquis de Rabba Ameur-Zaïmeche (Wesh-wesh, Bled number one)
Si vous êtes en quête d'un regard personnel et suspendu sur le travail, les gens et l'espace, plutôt que de narration...

Par jeanne dressen
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Mardi 8 juillet 2008


Voici un nouveau road-movie, genre souvent  utilisé au cinéma pour traiter de la rencontre, le plus souvent dans une situation de crise, voire de fuite.
Ici, un homme d’une quarantaine d’années (Bouli Lanners) se laisse émouvoir par un jeune toxicomane qu’il avait trouvé chez lui en train de le cambrioler, et entreprend d’emmener ce jeune pommé chez ses parents, où il ne parvient pas à se rendre en stop, car personne ne le prend, tout simplement.
On pense évidemment assez vite que, comme d'habitude au cinéma, une rencontre va avoir lieu, et que les personnages ou leur trajectoire vont s'en trouver transformés. Mais contre toute attente, Eldorado  raconte une non rencontre, une amitié qui ne naît pas. Deux hommes seuls et silencieux se côtoient le temps d’un voyage, font ensemble d’étranges rencontres, mais ne se lient pas pour autant.  Muni de son expérience et de son ouverture d’esprit, l’un tente d’aider l’autre, trop pommé et trop mal (en période de sevrage) pour recevoir quelque amitié. Tels un père et un fils qui ne parviennent pas à réellement échanger, les deux feront la route à défaut de faire la paire, pour la terminer au même point de solitude que là où ils l’ont commencée. 

Bouli Lanners ne nous raconte pas d’histoire(s).  Un peu comme Kaurismäki, il filme une réalité tragi-comique, qui, pour les exclus, est rarement  romanesque. Le rire ouvre une petite brèche, modeste souffle pour les spectateurs, dont les personnages, eux, ne bénéficient  pas. Voient-ils seulement la sublime lumière automnale qui éclaire les paysages - rendus magnifiques - qu’ils traversent ?

Nous,  spectateurs, avons vu de belles images et pas mal ri. C’est l’avantage (et le plaisir) d’être au cinéma, et pas dans la voiture...

 

Par jeanne dressen - Publié dans : films
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Vendredi 20 juin 2008

  Les liens du sang

Un conte de noël est un film foisonnant. De répliques, de personnages, et de répétitions. On écoute, on regarde, on ne s’ennuie pas. A tel point qu’il faudrait presque le revoir, car beaucoup de paroles se perdent dans leur abondance.

Un conte de noël a pour principal intérêt sa crudité/cruauté. Une famille n’est pas, ici, un endroit où l’on s’aime. Mais une cellule où les liens du sang sont plus forts que tout, donc que l’amour.  C’est ainsi qu’un fils (l’incontournable Mathieu Amalric) qui ne cesse de répéter qu’il  n’aime pas sa mère (et qu’elle ne l’aime pas non plus -ce qu’elle confirme-) va se faire prélever de la moelle pour greffer et sauver cette dernière. Ou qu’une sœur qui hait son frère (toujours M.A.) finira par passer noël avec lui, parce que morale et autorité l’y obligent : leur mère est malade. Le fils rejeté revient donc en famille après cinq ans d’absence. Cette histoire de moelle est aussi un moyen pour lui d’exercer un peu de pouvoir, et de se faire, pour une fois, désirer. Un conte de noël raconte des liens familiaux fragiles ou défaits, et comment chaque membre de la famille vit ou survit au sein de cette cellule originelle. Desplechin a aussi le mérite de filmer l’alcoolisme autrement que sous un aspect caricatural : ici ce sont des personnages dont le principal trait de caractère n’est pas d’être alcooliques, mais qui le sont.

L’ennui est que le film se répète durant ses 2H30, et devient un peu confortable, voire complaisant. Galerie de personnages et de situations, il prend la forme d’un film d’acteurs. Avec de bons comédiens, mais quelques problèmes : on ne peut pas croire au couple Deneuve (grande bourgeoise ) – Roussillon (plutôt modeste) ; Amalric est comme souvent sur la corde raide entre le jeu naturel (parfois très moyen) et la composition tendance burlesque (où il excelle) ; alors que la fragilité, la « transparence » et la délicatesse d’Anne Consigny sont touchantes et qu’elle impressionne dans le Grand alibi de Bonitzer, elle est ici, dans un personnage assez proche, plutôt agaçante.

Encore une fois, on « apprécie » l’intransigeance du regard du cinéaste sur cette/la famille, mais le film reste sur un mode intellectuel et distant. Il lui manque vibrations, émotion, et chair. L' Amour et La Nécéssité ?

Par jeanne dressen - Publié dans : films
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Mardi 27 mai 2008
La palme d'or en a surpris plus d'un. Formellement, "Entre les murs" n'est en effet pas un grand film (pas très bien cadré, monté en gros blocs qui ont du mal à former une unité...). Aussi, quand on a lu le livre, le film n'apporte peut-être pas grand chose... A part des personnages qu'on identifie mieux, et auxquels, du coup, on s'attache plus.
Je me suis demandée ce que des non francophones (les membres du jury par exemple) pouvaient saisir de tous les jeux de langues, jeux de verbes français etc. Apparemment c'est passé. C'est une bonne nouvelle.
Ce qui est passé en tout cas c'est  la verve, la vitalité, la drôlerie et l'intelligence de ces adolescents.  
Mais ce qui, je crois, n'a pas été assez relevé, c'est l'incroyable humanité et la très grande intelligence de ce prof. Non seulement il sait comment les faire participer et s'exprimer, mais il opère en plus un certain don de soi. Il renonce à l'affection qu'on pourrait lui porter, et se fait porte-parole des élèves auprès des profs. De l'autre côté, il aligne son discours sur la position de ses collègues quand il est avec ses élèves. C'est un peu un héros, finalement, qui renonce à sa gloriole personnelle pour rester à sa place de professeur, qui cherche l'équilibre de la communauté plutôt que de valoriser sa personne. Qui, a aucun moment, ne fait savoir à ses élèves à quel point il les aime, les défend et prend leur parti.
Cette abnégation et cet hommage d'un prof - le vrai- à ses élèves (qui ont dû aussi lui en faire voir de toutes les couleurs), sont très beaux.
Il n'y a d'ailleurs que de beaux personnages (certes complexes) dans cette classe. A la fin de l'année, le bilan qu'ils font de ce qu'ils ont appris sur le plan scolaire est bien maigre (même s'ils semblent aussi vouloir faire "payer" leur prof, en ne lui avouant pas grand chose). Mais sur le plan humain, de la connaissance de soi et des relations avec les autres, quelles leçons ! Est-ce le rôle de l'école ? Cela reste à voir. Ce prof choisit de les aider dans leurs expression et développements personnels, qu'il semble considérer comme préalables à l'apprentissage. Peut-être n'auront-ils pas le BEPC, mais au moins, il existe un véritable échange entre un représentant de l'Ecole (de l'Institution, de l'Autorité), et eux.

Jeanne Dressen
Par jeanne dressen - Publié dans : films
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Lundi 12 mai 2008
Sans arme, ni haine ni violence relate les quelques jours que passent ensemble le célèbre malfaiteur Albert Spaggiari planqué en Amérique Latine, et un flic venu l’arrêter. Le bras de fer sous-jacent à la rencontre de ces deux hommes aux personnalités dissimulées, est assez bien mené pour que nous passions un agréable moment.
Le premier film de l’ex « Robins des Bois » se regarde agréablement, sans véritable enjeu, ni ennui, ni passion.
Pour approcher Spaggiari, le flic se fait passer pour un journaliste de Paris-Match en quête d’interviews. Gilles Lellouche l’incarne, opaque et charismatique. Jean-Paul Rouve interprète un pastiche clownesque du véritable truand, et occupe là un registre qui lui sied parfaitement. Une réussite originale du film est que notre regard sur le personnage fait volte-face en même temps que celui du flic qui le traque, sans que cela ne paraisse artificiel. Plutôt antipathique (raciste, égocentrique) et pitoyable (sa quête effrénée de la célébrité), il finit par conquérir notre sympathie, à fin, voire même au dernier plan.
Mais ce qui pose problème à mon avis, c’est l’inadéquation entre le personnage inventé par Rouve et ce que l’on sait du vrai. C’était un membre de l’OAS, complice de la pègre marseillaise et épaulé par des notables de Nice. On peut certes, au cinéma, prendre des libertés avec la réalité. Mais si le réalisateur voulait traiter de la complexité de cette personne, il ne fallait justement pas faire l'impasse sur ce qu'il avait d'excecrable. N’aurait-il pas mieux valu, du coup,  assumer la création d’un autre personnage, simplement inspiré de lui, et portant éventuellement un autre nom ? La quête de reconnaissance de Spaggiari lui conférait peut-être ce côté clownesque et attachant. Mais ce para d’Indochine et militant d’extrême-droite ne mérite sans doute pas le portrait d’homme épris de liberté et doucement puéril que nous dépeint Rouve. Ce sera mon bémol, un peu moral.
                                                                                                                      http://lalune.over-blog.org/
Par jeanne dressen - Publié dans : films
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Vendredi 25 avril 2008

« Non, on ne peut pas brûler Mick Jagger » répond Scorsese à son chef-op, qui lui annonce que s’il doit rendre l’effet demandé par Scorsese, Jagger va brûler sous les projecteurs, tant ce sera puissant. J’aurais aimé que le film ait cet humour et cette distance. Or il semble que ce soit plutôt Scorsese qui se brûle les yeux, en filmant ces artistes qui le fascinent. Au bout d’une heure trente, la sidération finit par s’exercer sur nous aussi, et l’on pourrait rester une heure de plus. Mais je trouve dommage qu’un grand cinéaste ne mette pas son talent (et tout cet argent) au service d’un  documentaire, plutôt que d’une captation de concert hagiographique, aussi luxueuse et réussie (ça se discute) soit-elle. J’ai fini par accepter le rythme enlevé du montage (que je soupçonne de se calmer après les quatre premiers morceaux). Mais quel massacre ! De très beaux plans nous permettent d’apercevoir l’esquisse de leurs gestes (de Jagger ou Richards essentiellement), et ça coupe net, on va ailleurs (mais jamais sur le clavier et très peu sur le bassiste, ils sont punis ?). Etonnamment, Scorsese choisit de rendre compte de l’extrême agitation et des incessants déplacements de Jagger par le mouvement et le sur-découpage, comme pour ne pas en rater une miette. Ne rend-on pas mieux compte de l’ampleur et de la vitesse du mouvement avec un plan fixe, ou au moins unique, plutôt qu’en les hanchant en tous sens ? Evidemment, c’est le choix d’un immense cinéaste, que je ne comprends pas.

Le début est très plaisant: la préparation du film, les échanges entre Scorsese et Jagger au téléphone, l’inquiétude de Scorsese à qui ils ne veulent pas dévoiler les morceaux qu’ils joueront…Pourquoi ne nous en donne t-il pas plus ? Non pas les loges ou un semblant de vie privée, mais plus d’éléments sur la préparation de ce film réalisé par une pointure sur une autre, le montage de l’infrastructure, ce que représente le fait d’avoir 16 caméras 35mm qui tournent en même temps….
J’aurais souhaité aussi voir un peu plus le public, de plus près, comme un miroir de notre propre fascination et de celle de Scorsese, se voir en fans adorateurs, observer ce que produisent ces bêtes de scène sur ceux qui sont à leurs pieds (au sens propre).

Le documentaire sur les Stones est ébauché, mais pas fait. Dans les extraits d'archives qu’il choisit, Scorsese décide de se cantonner presque uniquement au sujet de leur endurance (combien de temps allez-vous encore jouer, exister, faire de la scène, aurez-vous la même énergie à 60 ans ? etc ). Même si ce n’est pas le sujet qui m’intéresse le plus (n’est-ce pas un peu anecdotique d’entendre les Stones à 25 ans dire qu’ils seront encore là à 60 ?), c’est un parti pris. Dans ce cas, pourquoi ne pas faire, en s’appuyant sur ce concert, sur les autres (mêmes morceaux en archives par exemple) et sur des interviews « à travers les âges », aussi un documentaire sur le temps, par exemple ?

Je n'aime pas quand les spectateurs, après une projection, demandent au réalisateur pourquoi il n’a pas fait ceci et cela, bref, un autre film. C’est pourtant ce que je fais là. C’est que Shine a light amorce de belles choses. Scorsese nous met l’eau à la bouche puis nous gave de gros plans ultra courts sur Jagger et Richards.

 Je vais me mettre en quête d’interviews de Scorsese sur son film, pour comprendre ce choix étrange.

                                                                                                                                                          Jeanne Dressen

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Vendredi 25 avril 2008

Il y a des films qui, aussi réalistes qu’ils se veuillent, ne parviennent pas à nous extraire de la conscience aigüe que « c’est du faux ». Un défaut de mise en scène, le jeu d’un acteur,  peuvent créer ce déséquilibre entre la volonté de réalisme et le trop visible « on dirait qu’on serait… »  La Zona est de ceux-ci, malgré l’intérêt du récit et du discours qu’il tient.

« La zona » est une propriété privée ultra sécurisée (caméras, gardiens, hauts murs), une sorte de forteresse pour riches. La chute d’un poteau lors d’un orage occasionne une brèche dans un mur de la résidence, et permet à quelques jeunes gens du quartier attenant et démuni, de s’infiltrer pour y voler. L’incursion tourne mal. Deux jeunes « voleurs » et un gardien de la propriété sont tués. Espérant retrouver le  voleur rescapé qui a disparu, et protéger ceux d’entre eux qui ont tiré et tué, les habitants de la zona exercent tout leur pouvoir pour empêcher la police d’enquêter. Le film raconte donc la traque haineuse de ces riches argentins aux trousses du jeune garçon réfugié dans un grenier, qui a juste essayé, une nuit, de voler.

Le film dénonce la société à deux vitesses en Argentine, la toute puissance des riches qui peuvent rendre leur  justice eux-mêmes, et l’impossibilité pour les pauvres de faire valoir La Justice.

La scène d’entrée (le poteau qui s’abat par temps d’orage et vient frayer un « chemin ») est très « belle », presque grandiose. Malheureusement, les images suivantes, trop léchées, artificielles (focale, texture) et en travellings circulaires répétés relèvent parfois un peu de l’exercice de style, et se voient autant que ce qu’elles montrent. Le lien qui se tisse entre l’adolescent de bonne famille et le garçon qu’il découvre réfugié dans son grenier est, à mon sens, bâclé, et se termine en cliché un peu grotesque.

La zona se râte de peu, à cause de quelques éléments essentiels qu’il eût été facile d’améliorer.

Par jeanne dressen - Publié dans : films
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Jeudi 17 avril 2008

Depuis qu’il est sorti, on compare le film de Samuel Benchetritt j'ai toujours rêvé d'être un gangster au Coffee and Cigarettes de Jim Jarmusch, l’accusant parfois de plagiat. J’ai donc regardé Coffee and cigarettes, que je n’avais pas vu. Je reste perplexe : que lui trouve t-on ? Je me suis ennuyée du début à la fin. Les situations, les dénouements et même parfois les répliques, sont attendus. Rien de drôle, rien d’étonnant. A part la contrainte du lieu et des « accessoires », la répétition de certains plans, et, il est vrai, un beau noir et blanc, qu’est-ce qui caractérise ce film ?

La scène  entre Cate Blanchett et sa cousine, de loin la meilleure pour moi, est elle aussi,  assez attendue.  On capte assez vite de quoi est faite la relation, et rien n’évolue, ni ne nous surprend. Les dialogues ont le mérite de leur franc-parler, et Cate Blanchett d’assumer son rôle de star,  présentée sous un jour peu reluisant. Mais à part cette « générosité » de  la part de l’actrice… quoi d’autre ?

Dans le controversé « J’ai toujours rêvé d’être un gangster », par contre, on rit beaucoup. Plein d’humanité, le film nous raconte l’errance et le décalage extrêmement  touchants de quelques voyous râtés. Une différence radicale entre les deux films est là : Benchetritt est proche de l’humain « vrai », prend le temps de filmer des gens ordinaires, des loosers émouvants.

Deux  scènes se ressemblent étrangement dans les deux films : celle entre Iggy pop et Tom Waits chez Jarmush , et entre Arno et Bashung chez Benchetritt. Mais, alors que ces derniers sont éclatants de naturel, on voit jouer les deux premiers (Iggy Pop en particulier, si je puis me permettre…). Arno et Bashung vont bien plus loin dans le laisser-aller et l’auto-dérision. Contrairement, à mon avis, aux premiers, les seconds acceptent de  passer pour  ceux qu’ils jouent.

L’un des « sketchs » de J’ai toujours voulu… » raconte comment deux belges enlèvent une jeune femme. Ils débutent quelque peu et se trompent  au téléphone, sur la somme à demander comme rançon. Tout ce qui suit est du même acabit. Le naturel, la juvenilité et l’absurdité de ces deux personnages (interprétés par les  excellents Bouli Lanners et Serge Larivière) sont extrêmement  touchants et drôles. Sur un mode différent, tous les personnages de « J’aurais voulu…. » se débattent dans un monde trop grand pour eux, trop différent, et leur décalage avec les codes et la règle (ressort comique par excellence)  sont évidemment croustillants.

Le dernier sketch, avec sa brochette de pointures  (Rochefort, Terzieff, Kalfon, Dumas), qui se retrouvent après des années pour un ultime casse, et constatent le changement radical de l’environnement et du monde, est un bijou. On rit de ces désespérants paysages, de cette désarmante modernité déshumanisée, marketisée. On sourit avec nostalgie de la vieillesse de ces grands acteurs qui nous émerveillent, qui dans le film comme dans la vie, savent qu’ils n’en n’ont peut-être plus pour longtemps, et jouent comme des gamins.

Enfin, et c’est ce que certains lui reprochent, Benchetritt rend hommage au cinéma en filmant « à la manière de » Chaplin, la comédie italienne, Lautner, le film noir américain etc…Oui, et  il le fait bien. Les acteurs sont bons, on se délecte des dialogues, brillants, et encore une fois, très drôles ! Parfois, les critiques s’extasient devant un hommage rendu, à travers un film, par un cinéaste à un autre réalisateur ou à un genre. C’est le cas ici. Et il est attaqué.

Si l’on en croit l’intéressé, il n’avait pas vu le film de Jarmusch avant de faire le sien. Peu importe,  J’ai toujours rêvé…le dépasse largement.

Le seul problème est que les sketchs sont parfois trop longs. Pourquoi tous les films qui sortent aujourd'hui ont une demi-heure de trop ? C'est très étonnant et contradictoire avec cette société de la télé, du zapping et de la consommation. C'est peut-être tant mieux, finalement.                             JeanneDressen

Par jeanne dressen - Publié dans : films
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Mercredi 16 avril 2008

Lady Jane est le deuxième film de Guédigian dont le style et le sujet surprennent. Avec le très réussi Promeneur du champ de Mars, il portait un regard acéré sur le mystérieux et contrasté Mitterrand. Déjà, il était étonnant que Guédiguian s’intéresse à un homme célèbre et à la « grande Histoire », quand il nous avait habitués à mettre en lumière le peuple marseillais qui mène, dans l’ombre, un combat vital et quotidien. Lady Jane, quant à lui, est un film noir, un polar. C’est aussi un film « noir » parce que, contrairement à ses films précédents et familiaux (excépté La ville est tranquille), il n’y a ici aucune ouverture, aucune aération, aucun futur propice possible. A Aix et Marseille, les personnages de Lady Jane respirent sous une chape de plomb.

Muriel (Ariane Ascaride) sollicite deux amis (Daroussin et Meylan) qu’elle n’a pas vus depuis quinze ans, pour l’aider à réunir l’argent nécessaire à une rançon que lui demande le ravisseur de son fils, puis pour retrouver cet homme (je n’en dis pas plus…). Ces trois anciens petits  malfrats, communistes (ils partageaient leur butin avec leurs voisins), se sont séparés autrefois, quand un vol a dérapé et que Muriel fut emprisonnée. A aucun moment ces anciens compagnons ne se retrouvent réellement, A la vie, à la mort !, comme on s’y attend pourtant. Les retrouvailles et la quête de ces trois personnages sont parfaitement mises en scène et interprétées. Les relations restent distantes, les personnages hiératiques. Daroussin, amoureux depuis toujours de Muriel, n’a jamais été aussi sombre et désespéré. Ces trois personnages semblent mus de façon automatique par la vie, pour laquelle ils n’ont plus d’intérêt. Muriel n’avait que son fils, elle vient de le perdre. Les deux hommes, tel des « aimants », viennent en aide à Muriel quand elle le leur demande, se retirent quand elle les repousse et reviennent quand elle a à nouveau besoin d’eux. Point de débordement des sentiments, une économie de gestes et de paroles, des corps mus par le minimum d’énergie vitale, des regards fixes et sombres.

Il y a quelques très belles scènes, comme celle où Ascaride vient chercher Daroussin, qu’elle n’a pas vu depuis 15 ans, donc. Elle se tient à longue distance, droite comme un i, remet son imperméable noir pour se protéger du vent, le fixe imperturbablement, l’attend. On comprend qu’on ne va pas rigoler… Un deuxième moment, assez typique du film noir, montre les trois personnages dans une gare. Muriel a rendez-vous avec le ravisseur sur un quai. Ses acolytes se tiennent à distance, l’un perché, l’autre caché, et, tel ses gardes du corps, surveillent le déroulement des opérations. Le rythme et le découpage de cette scène, qui va de l’un à l’autre (et se paye même le luxe de placer une saynète comique entre Meylan et un voyageur), suspendent le temps et marquent l’attente, la tension, la peur, la soumission. Muriel échange un long regard avec un voyageur qui la fixe, elle esquisse un geste, ne sait si c’est le kidnappeur, bouge à peine, attend, hésite. Tout se lit dans la tension de son corps et de son visage, pourtant quasiment imperturbables.

ll n'y aura pas de porte de sortie, et les personnages, victimes d'un acte de vengeance inutile, s'enfonceront dans leur perte (il est vrai que la vengeance est le sujet du film, mais à mon avis pas son principal intérêt).
Pas plus que ses personnages (l’ex « patriarche » à qui ils rendent visite se fait le porte-parole de la fin des aspirations), Guédiguian ne semble avoir gardé d’illusion. Ce film noir illustre  le désespoir d’un homme qui a dû croire « aux lendemains qui chantent », et à qui il ne reste peut-être que le cinéma…                                              Jeanne Dressen

 

 

Par jeanne dressen - Publié dans : films
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Mercredi 16 avril 2008

Chers Inroks,

Suite à votre dossier « Sarkozysme et Culture », je me permets d’ajouter quelques précisions concernant le système d’indemnisation des intermittents, qui a  encore changé en 2008. Les changements sont beaucoup plus pervers et complexes qu’une simple réduction du temps (10 mois au lieu de 12) pour « faire ses heures ». Je vais tenter de vous faire part de ce que j’ai compris - mais c’est assez opaque - et de ce que j’ai vu et entendu - ce qui l’est moins :

-les agents chargés de nous recevoir aux assedics spectacle, qui connaissaient bien le statut, et prenaient le temps de nous « aider », ont déserté. Désormais, de grands panneaux nous invitent à téléphoner. Il m’est arrivé, sur différents sujets, d’appeler plusieurs fois, et d’avoir des réponses différentes à chaque fois (arrêt maladie, mode de recalcul…). Ce qui, cela va sans dire, m’a posé des problèmes dont je vous épargne le détail.

- deux agents, coup sur coup, m’ont dit que je devrais être contente, parce qu’on nous fait « un système à la carte ». L’un d’eux m’a raccroché au nez.

- depuis Janvier, nous sommes indemnisés 8 jours par mois de moins, car les week-end ne sont plus indemnisés (entre 300 et 700 euros de moins, environ, selon le taux journalier de chacun).

- enfin et surtout ( ?), la perversité du système à mon sens, est la suivante : si nous avons « fait 507 h », nous avons droit à 243 jours (environ 8 mois) d’indemnisation. Chaque jour travaillé repousse d’autant la date à laquelle nous aurons épuisé nos droits. En général, et par un savant calcul très compliqué (qui met en relation, nombres d’heures travaillées, tarif, et tarif de l’année précédente) si vous travaillez même 8 jours par mois, l’épuisement de vos droits vous emmène plus  loin que 10 mois plus tard. Donc, une fois vos droits épuisés, quand vous remontez de 10 mois pour compter vos heures, vous perdez toutes celles que vous avez effectuées précédemment (« trop tôt », en fait). Cela peut représenter beaucoup d’heures, et vous envoyer rapidement au RMI.

- je viens d’apprendre que les cachets de figuration ne pourront bientôt plus rentrer dans le compte des heures pour l’indemnisation des intermittents.

Petit à petit, sous couvert de sauvegarde, le système disparaît… Et ceux qui se sont battus en 2003 semblent découragés.   lalune

Par jeanne dressen - Publié dans : déclarations
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Profil

  • : jeanne dressen
  • lalune
  • : Femme
  • : 19/07/1976
  • : paris
  • : cinéma culture actualité films critique
  • : Je suis réalisatrice d'un film documentaire, pigiste pour CinéCinéma et cadreuse.

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