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Lundi 24 mars 2008 1 24 /03 /2008 19:33
 MR73 est un bon polar. A mon sens bien meilleur que l’indélicat (du point de vue de la mise en scène, du scénario et de l’omni-présence de la musique) 36 quai des Orfevres.

Le policier qu’incarne Daniel Auteuil se fait peu à peu écarter de la police à cause de son alcoolisme et de son franc-parler. Mais il tient à clore l’enquête pour laquelle il était missionné et la mènera à bien, au détriment de lui-même. Intelligent, vindicatif et réactif, il dépassera largement ses attributions.

La mise en scène rend bien compte d’un univers policier présenté ici comme un trou à rats sombre et malsain. Mais ce qui fascine et émeut avant tout dans le film, c’est Daniel Auteuil. En justicier blessé, en policier alcoolique et détruit, en homme brisé. Derrière ses lunettes aux verres teints, on distingue mal son regard. C’est un élément important sur lequel l’acteur, ici,  ne peut pas compter. Il joue donc du reste de son corps, fourbu par le poids de la douleur. Héros qui renaît de ses cendres et dépasse ses limites quand il s’agit de rendre justice, il pousse, à la mort d’un ami, un cri de douleur qui rappelle celui d’Harvey Keitel dans Bad Lieutenant. Deux magnifiques  hurlements de loup pour manifester l’insupportable qui rend fou, et qu’il faut extraire de soi. Deux policiers écrasés par la douleur. Il y a un troisième flic charismatique et alcoolique, c’est Yves Montand dans Le Cercle rouge de Melville. Au cinéma décidément, la drogue et la douleur réussissent aux flics.       http://lalune.over-blog.org                    


Par jeanne dressen - Publié dans : films
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Jeudi 20 mars 2008 4 20 /03 /2008 11:28

« Soyez sympas, rembobinez » de Michel Gondry est un film "sympa" lui aussi, sans prétention.

L’histoire se passe dans et autour d’une boutique de location de films (en vhs). Les personnages principaux, attachants, sont deux jeunes cinéastes improvisés et le propriétaire du lieu, vieil homme noir et bonhomme (allusion peut-être aux nombreux films dans lesquels on peut voir cette figure du vieux noir débonnaire, comme dans Miss Daisy et son chauffeur ? cité à plusieurs reprises dans le film). Les deux jeunes gens ont démagnétisé toutes les VHS (il n’y a plus rien sur les bandes), et décident donc de refaire les films, car il faut faire tourner la boutique, qui survit difficilement. Ils les refont à leur façon, avec les moyens et l’imagination du bord, réalisant ainsi des parodies de films qui enchantent les clients. De plus en plus nombreux, ceux-ci finiront par participer aux tournages.
«Be kind, rewind » a le mérite de faire l’éloge de la créativité, en désacralisant au passage les gros films à succès. Dans la « vraie vie », cette invitation de Michel Gondry, à la fois indirecte (par son film) et directe (appel à « remakes » pour le supplément du dvd du film) a fait  pas mal d’émules, dont les films sont visibles sur dailymotion. Je vous recommande la parodie de Rush Hour 3 : www.dailymotion.com/debricdebroc.
C'est à se demander d'ailleurs, si le support de 
«Be kind, rewind », vu sa légereté, son enjeu relativement limité, et ce qu'il prône, ne serait pas le net plus que le cinéma ?

On ressort enjoué de ce film dans lequel créativité, vitalité, amour et fraternité règnent en maître.
Il met de bonne humeur.
Est-ce suffisant ?
Peut-être...

Par jeanne dressen - Publié dans : films
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Vendredi 14 mars 2008 5 14 /03 /2008 15:10

There will be blood raconte l’enrichisssement d’un self-made man américain, au début du 20ème siècle, qui cherche et trouve du pétrole. C’est un misanthrope arriviste, qui piétine tout ce qui se trouve sur sa route, et réussit. A travers lui, There will be blood raconte aussi l'avènement du capitalisme, ainsi que la lutte entre le pouvoir de l'argent et celui de la religion, pour dominer les Hommes.

Tout pèse trop lourd dans ce film. Daniel Day Lewis en fait des tonnes, la musique qui voudrait égaler la puissance de celle d’Ennio Moricone (ai-je eu l’impression), ne parvient pas à créer l’univers très particulier et pourtant indissociable des films de Leone. Ce « grand » film ne m’a pas accrochée, n’a pas « fonctionné » pour moi. Grand à cause de sa durée, le buzz autour, l’acteur oscarisé. Ne fonctionne pas, à mon avis, parce qu’il se veut « grand ». Je crois, peut-être à tort, qu’un film ne devient grand que quand il se retrouve face à ses spectateurs, selon ce qu’il produit sur eux, pas avant. Ici, le réalisateur semble viser le chef d’oeuvre, faire son « Scarface» (il paraît qu’un journaliste a dit ou écrit ça quelque part, alors on s’est dit la même chose), et cette intention prend le pas sur la sincérité et la proximité avec son personnage. Il m’éloigne du coup aussi, de son film. Je ne sais pas si c’est un bon ou un mauvais film, mais sa facture m’a laissée dans la salle, et c’est dommage, parce que je ne suis jamais allée en Amérique.                                                               JD

Par jeanne - Publié dans : films
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Mardi 11 mars 2008 2 11 /03 /2008 12:39

 

L’histoire et le style de l’heure d’été ne sont  pas nouveaux au cinéma.  Il s’agit du temps qui passe, de la nostalgie que suscite inexplicablement parfois en été la lumière « entre chien et loup », de la pénombre qui s'installe trop doucement.

Il s’agit de l'art, qui, surtout lorsqu’on le met en cage, imprime et marque le temps.

Il s'agit de l'héritage d'un riche patrimoine et d'une mémoire, de racines familiales.

A sa mort, que feront les enfants des oeuvres d'art qui ont été la raison de vivre de leur mère (brillamment incarnée par la rayonnante Edith Scob)? Que feront-ils de la maison qui fut celle de leur enfance ? Doivent-ils s'en porter garants et la transmettre à leurs propres enfants, se doivent-ils de rester attachés à une maison dans laquelle, expatriation et mondialisation obligent, ils ne viendront plus ? Le plus jeune (Jérémie Rénier) vit en Chine où il dirige une usine délocalisée de baskets, la fille (Juliette Binoche, qui, en faisant un peu trop dans la décontraction, perd un peu en justesse) est artiste à New-York, le monde bouge, les gens se déplacent. Il n'y a guère que l'aîné (Charles Berling, réduit à sa plus simple mais très juste expression) qui vit à Paris, et qui aurait souhaité garder la maison, les oeuvres  qui la peuplaient, son âme (et celle de sa mère sans doute, par la même occasion). Les disputes habituelles et attendues quant aux choix et au partage du patrimoine n'auront pas lieu ici. L'aîné, en minorité, se résigne tristement.

L’« heure d’été » pose la question de savoir si mettre les oeuvres au musée et les extraire ainsi de leur histoire, de leur contexte, des émotions qui les ont entourées et accompagnées,  n’est pas une hérésie. Préoccupation bourgeoise... luxe de nantis. Le film, à l’origine, était une commande du musée d’Orsay.

La dilapidation du patrimoine d’Hélène (la mère) est aussi une façon de tourner une page, de faire le deuil de cette femme qui n’est plus. Sa très belle maison brillamment filmée en travellings latéraux au travers de vitres teintées qui ont imprimé le temps elles aussi, ne restera qu'un souvenir. Avant de la vendre, les petits-enfants y organisent une grande fête avec leurs copains (rap à fond les manetttes, joints, scooters…). La maison de la grand-mère prend une grande claque, celle du temps qui passe et qu'Olivier Assayas nous restitue en observateur lucide, sans jugement, sans amertume ni enthousiasme. Ainsi va la vie.

Mais, alors que l'on pense que le film se finira sur la fête de jeunes gens totalement désintéressés par cette maison et ce qu'elle signifiait, la petite fille se souvient, et raconte ses promenades avec sa grand-mère. La transmission est là, dans ce qu'un être laissera de traces dans la mémoire et l'émotion de ses descendants, et non dans les tableaux de valeur qu'il leur lèguera. De même, la valeur d'un vase réside t-elle sûrement plus dans le soin qu’en prendra la bonne, que dans celle qu’il aura dans une vitrine du musée d'Orsay, côtoyant des centaines d'autres objets que les visiteurs ne pourront apprécier comme la bonne, elle, l'apprécie, pour le souvenir de la maison, de la femme et de la vie auxquelles il appartenait.

Un des  mérites du film est  de désacraliser l’art (Corot, entend-on, fait « un peu vieillot ») pour mieux l’aimer en l’assimilant à la vie, en mettant sur le même plan objets d’art et objets de vie, en disant (je crois) que les objets d’art sont avant tout des objets de vie, faits pour être en vie.                                                                                         Par Jeanne Dressen

 

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Mercredi 5 mars 2008 3 05 /03 /2008 22:05

"Juno" de Jason Reitman

Peut-on rire de tout ? Peut-être, mais sur certains sujets, il faut être très bon.

Une ado de 16 ans tombe enceinte d’un garçon qu’elle n’aime pas et décide, parce que le centre d’avortement la déprime, de ne pas avorter et de le donner à de jeunes parents qui ne peuvent pas avoir d’enfants. Ce qui est sensé faire rire, c’est qu’elle leur parle de ce qu’elle a dans le ventre comme d’une chose, d’un truc, avec un total détachement. Une fois ça va, quatorze fois….
La mère adoptive de son futur bébé est une caricature de jeune bourgeoise dynamique polie et affligée, la relation de Juno à son père (tendre), à sa belle-mère (compliquée) sont des stéréotypes. A la fin du film, comme son père lui dit qu’un jour elle rencontrera quelqu’un qui l’aime pour ce qu’elle est (phrase entendue au cinéma et ailleurs, allez…1500 fois), ça lui fait tilt et elle se rend compte qu’elle est amoureuse du garçon qui lui a fait un bébé (qui est d’ailleurs tenu et resté à l’écart de toute décision et émotion concernant cet « événement »), qui est fou d’elle, et dont elle se moque depuis le début du film….Juno a pourtant obtenu l’Oscar du meilleur scénario. 

Une relation complice et privilégiée naît entre Juno et le futur père adoptif, et puis non. C’est vrai elle n’a que 16 ans, elle retourne donc jouer aux billes (ou à la guitare, ce qui revient au même) avec le garçon boutonneux qui aime les tic tac à l’orange (attention : gag) et qui l’a mise enceinte.

La morale et le moral sont saufs : ce trop jeune couple ne garde pas l’enfant, il n’y pas de détournement de mineur, la jeune femme-qui-ne-peut-pas-avoir-d’enfant-mais-qui-en-rêve en aura un (même si son mari la quitte). Tout ce qui aurait pu rendre l’histoire un peu râpeuse est soigneusement évité, en même temps que tous les sujets, comme celui (je croyais) du film : que peut vivre une adolescente enceinte ?

La mise en scène appuyée ne sauve pas la mise, avec sa récurrence de scènes commençant par des successions de gros plans gagesques (la belle mère qui découpe des chiens dans des revues, des tic tac à l’orange en masse dans la boîte aux lettres de son consommateur etc).

 L’actrice porte son faux ventre comme le personnage son bébé : comme un  truc encombrant mais sans implication. Dis-moi Oscar, quel est l’enjeu du film, au juste ? Si c’est de rire, c’est raté.

 

Par jeanne - Publié dans : films
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Vendredi 29 février 2008 5 29 /02 /2008 18:32

« Que reste t-il de nos amours ? » pourrait-être, comme dans Baiser Volés de François Truffaut il y a plus de trente ans, la chanson du film de Jean-Marc Moutout. Sauf que, Elsa zylberstein alias Eloïse, contrairement à JP Léaud alias Antoine Doisnel, maladroit comme pas deux, est une « winneuse », ou tente de l’être. Réussissant parfaitement  dans son travail, elle prend sa vie affective en main. Elle cherche l’amour. Elle se donne les moyens de réussir.  JP Léaud s’y prenait comme un manche, mais l’amour lui tombait dessus, il tombait passionnément amoureux de Delphine Seyrig, puis revenait à son amour plus sage et raisonnable, Christine, incarnée par Claude Jade. Volontairement ou non, bien ou mal, il exprimait ses sentiments, les vivait, ceux-ci le débordaient.

Ici,  point de débordement (des sentiments). La fabrique des sentiments raconte bien, filme bien, comment dans  notre monde moderne, hommes et femmes en mal de repères et d’amour, ont à leur disposition divers moyens (internet et speed-dating par exemple) pour trouver quelqu’un avec qui coucher, avec qui faire un bout de chemin, avec qui « se caser ».

Stylisés par la mise en scène de Jean-Marc Moutout, les speed-dating sont les plus symptomatiques de notre société. Silence de fond angoissant (pas de son d’ambiance ?),  décor moderne et froid, chacun est sommé de se présenter sous son meilleur jour. Travellings avants rapides mais amortis, sur les visages qui se jaugent. Les plus sûrs d’eux assurent, les plus timides restent sur leur quant à soi,  tentant d’être eux-mêmes. 7 minutes pour séduire, pour faire son numéro, autant à l’autre qu’à soi, car en même temps que l’on se « vend » à l’autre, on se jauge et se juge soi-même. Ca passe ou ça casse. Société de consommation, vite vu, vite choisi, vite zappé, vite ingéré. Forcer la chance, « se donner les moyens de réussir ».

La scène la plus inquiétante et peut-être la plus emblématique de notre époque est le premier rendez-vous entre Héloïse et le jeune avocat (Bruno Putzulu), qui se sont donc plus. Assez pour se revoir. Se donner plus de temps pour se jauger. Elle lui demande s’il a rappelé d’autre filles, il dit que oui, une autre. On ne sait pas s’il dit vrai. Mais on sait qu’Héloïse est, du coup, en compétition avec une autre, et qu’elle doit donc être meilleure. Cette scène montre bien que perdus et avides comme ils sont, ils ne se revoient pas pour le plaisir d’un moment passé ensemble, et laisser la vie faire le reste ; ils se revoient pour s’évaluer, se sentir, se mentir, avoir l’air… Repasser un entretien d’embauche. L’angoisse de la solitude et la faculté à changer de partenaire fausseraient-elles les rapports, les rencontres ? On ne tombe pas amoureux, au mieux, on le devient.

Débordement, ici, finalement il y a aussi. Du côté du corps. Le sein d’Héloïse coule, comme pour allaiter un enfant qu’elle n’a pas et qu’elle craint, du coup, de ne jamais pouvoir avoir.

Son corps lâche, elle perd régulièrement connaissance. Sa maladie l’inquiète et lui fait honte, ce qui l’empêche de revoir l’homme qu’elle voudrait. Son état de célibataire sans enfant lui fait si peur qu’elle déclare une maladie qui l’empêchera d’honorer ses rendez-vous avec, pourquoi pas, un futur père pour ses enfants ?

A la fin de Baisers Volés, alors qu’Antoine et Christine sont enfin ensemble, sereinement, un homme vient vers eux et propose à Christine de se donner entièrement à elle, concluant ainsi : « je comprends que vous préférez d’abord rompre des liens provisoires qui vous attachent à des personnes provisoires, moi je suis définitif »,  prémice sans doute a la séparation d’Antoine et Christine dans  le film suivant, Domicile Conjugal.

Entre Baiser Volés et La Fabrique des Sentiments, le fond reste le même : travailler d’un côté, et de l’autre, trouver la personne que l’on aime, celle avec qui il est possible de vivre, et d’avoir des enfants. Mais la forme (des rencontres, des relations), avec le temps, a changé. Alors que, paraît-il, les célibataires sont de plus en plus nombreux, la société de consommation et de communication mobilise ses moyens pour faire semblant de combler les vides, partout où elle peut s’immiscer, se contaminer, même dans le domaine le plus subjectif, incontrôlable et privé, qu’est l’amour.

P.S : le premier film de JM Moutout, Violence des échanges en milieu tempéré était très réussi aussi. Il montrait le dilemme d’un jeune homme, qui dans son premier emploi se rendait peu à peu compte qu’on l’avait recruté pour licencier une partie du personnel… Pris entre sa conscience (et les injonctions de son amie à quitter cet emploi sous peine de la perdre elle), et les exigences de la société (performance, réussite, peur du chômage –le sien-), ce jeune cadre était sommé de faire un choix.


                                                                                                                                         

 

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Profil

  • : jeanne dressen
  • lalune
  • : Femme
  • : 19/07/1976
  • : paris
  • : cinéma culture actualité films critique
  • : Je suis réalisatrice d'un film documentaire, pigiste pour CinéCinéma et cadreuse.

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