Le premier venu raconte l’histoire d’une jeune femme, Camille, qui a décidé d’aimer un homme qui n’a rien à voir avec elle, parce qu’il l’a violée. Son acte volontariste de l’aimer, un peu comme le ferait une sainte, s’explique par la volonté de le sauver, et de se sauver elle-même, car si elle n’aime pas celui qui l’a violée et déflorée, elle se perdra. On ne croit pas à vraiment à cette motivation du personnage, qu’elle explique plusieurs fois verbalement mais qu’à mon sens, elle n’incarne pas. Elle n’en n’est pas moins charmante, même si l’on souhaiterait qu’elle lève un peu la tête pour mieux voir ses expressions, et bénéficier de variations sur son visage trop masqué pas ses cheveux. Son premier partenaire, Gérald Thomassin (Costa), est un excellent acteur. La démarche peu séduisante, la voix mal timbrée, c’est un personnage fort, un « paumé » opaque et attachant, dont Camille découvre peu à peu l’univers sombre (un vrai ch’ti, pas un de carton pâte) et la personnalité. Dans leur relation vient s'imiscer un troisième protagoniste, un jeune flic, qui s'éprend de Camille et devient le rival de Costa.
La caméra souple et réactive, et le montage sec mais fluide (sautant pourtant en permanence les axes), captent avec grand naturel ces perpétuels croisements, départs, retours, échanges et détournements du trio qui se cherche, se sépare, et se rassemble. Le problème est que, passé une heure, le film se noie dans son scénario, comme si Doillon ne parvenait pas à mettre un point final à cette histoire qui se répète, piétine, s’étale pendant des heures et finit par franchement nous ennuyer. Les deux personnages masculins, et avec eux le spectateur, deviennent victimes d’une charmante jeune femme qui n’en fait qu’à sa tête, elle-même dépassée par la situation et par sa quête. Ses coups de têtes renversent sans cesse la situation, qui se retourne toujours subitement pour la ramener à un point opposé, où elle en fait était 5 minutes auparavant. A la fin, on se demande si Doillon n’avait pas pour seule motivation de filmer des jeunes gens (un peu comme Rohmer avec son suranné Astrée et Céladon, qui, aurait-on dit, captait avec sa caméra de beaux jeunes gens gambadant dans les prés en robe légère, à défaut de pouvoir les toucher vraiment). Cela devient fatigant et perd son sens. Lassés par ces changements radicaux et systématiques, on quitte le navire à la moitié du film. Dommage, on y avait embarqué de pied ferme.
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