Vendredi 25 avril 2008

« Non, on ne peut pas brûler Mick Jagger » répond Scorsese à son chef-op, qui lui annonce que s’il doit rendre l’effet demandé par Scorsese, Jagger va brûler sous les projecteurs, tant ce sera puissant. J’aurais aimé que le film ait cet humour et cette distance. Or il semble que ce soit plutôt Scorsese qui se brûle les yeux, en filmant ces artistes qui le fascinent. Au bout d’une heure trente, la sidération finit par s’exercer sur nous aussi, et l’on pourrait rester une heure de plus. Mais je trouve dommage qu’un grand cinéaste ne mette pas son talent (et tout cet argent) au service d’un  documentaire, plutôt que d’une captation de concert hagiographique, aussi luxueuse et réussie (ça se discute) soit-elle. J’ai fini par accepter le rythme enlevé du montage (que je soupçonne de se calmer après les quatre premiers morceaux). Mais quel massacre ! De très beaux plans nous permettent d’apercevoir l’esquisse de leurs gestes (de Jagger ou Richards essentiellement), et ça coupe net, on va ailleurs (mais jamais sur le clavier et très peu sur le bassiste, ils sont punis ?). Etonnamment, Scorsese choisit de rendre compte de l’extrême agitation et des incessants déplacements de Jagger par le mouvement et le sur-découpage, comme pour ne pas en rater une miette. Ne rend-on pas mieux compte de l’ampleur et de la vitesse du mouvement avec un plan fixe, ou au moins unique, plutôt qu’en les hanchant en tous sens ? Evidemment, c’est le choix d’un immense cinéaste, que je ne comprends pas.

Le début est très plaisant: la préparation du film, les échanges entre Scorsese et Jagger au téléphone, l’inquiétude de Scorsese à qui ils ne veulent pas dévoiler les morceaux qu’ils joueront…Pourquoi ne nous en donne t-il pas plus ? Non pas les loges ou un semblant de vie privée, mais plus d’éléments sur la préparation de ce film réalisé par une pointure sur une autre, le montage de l’infrastructure, ce que représente le fait d’avoir 16 caméras 35mm qui tournent en même temps….
J’aurais souhaité aussi voir un peu plus le public, de plus près, comme un miroir de notre propre fascination et de celle de Scorsese, se voir en fans adorateurs, observer ce que produisent ces bêtes de scène sur ceux qui sont à leurs pieds (au sens propre).

Le documentaire sur les Stones est ébauché, mais pas fait. Dans les extraits d'archives qu’il choisit, Scorsese décide de se cantonner presque uniquement au sujet de leur endurance (combien de temps allez-vous encore jouer, exister, faire de la scène, aurez-vous la même énergie à 60 ans ? etc ). Même si ce n’est pas le sujet qui m’intéresse le plus (n’est-ce pas un peu anecdotique d’entendre les Stones à 25 ans dire qu’ils seront encore là à 60 ?), c’est un parti pris. Dans ce cas, pourquoi ne pas faire, en s’appuyant sur ce concert, sur les autres (mêmes morceaux en archives par exemple) et sur des interviews « à travers les âges », aussi un documentaire sur le temps, par exemple ?

Je n'aime pas quand les spectateurs, après une projection, demandent au réalisateur pourquoi il n’a pas fait ceci et cela, bref, un autre film. C’est pourtant ce que je fais là. C’est que Shine a light amorce de belles choses. Scorsese nous met l’eau à la bouche puis nous gave de gros plans ultra courts sur Jagger et Richards.

 Je vais me mettre en quête d’interviews de Scorsese sur son film, pour comprendre ce choix étrange.

                                                                                                                                                          Jeanne Dressen

Par jeanne dressen - Publié dans : films
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Commentaires

Un petit moment, chère Jeanne, que je souhaite intervenir sur ton blog cinéma. Manque de temps, de moyens… Enfin, je ramène ma fraise… Tu as juste eu le temps de t’apercevoir, comme moi, que la force d’inertie est grande quand il s’agit de s’exprimer un peu. Et pourtant, je te comprends… C’est jouissif, des fois, d’écrire, de dire, de donner un avis. Passons… Il se trouve que le dernier film que j’ai vu remonte à hier, et que c’est « Shine a light ». J’eus préféré le « Berlin » de Lou Reed, mais, je n’ai décidément pas de chance avec lui (je n’ai pu assister à son concert au Palais des Congrès en juin dernier, car ce jour-là, mon chat avait prévu de se promener plus que de raison au bord des marais salins de Charente, ce qui m’empêcha d’assister au concert, mais me permit de me reposer, et à ce moment – sans vouloir rentrer dans les détails de ma vie et de ma création – c’était ce dont j’avais le plus besoin au monde… Je différai mon départ d’une semaine, et restai donc, grâce à Fado-le sage, à jouir de la nature, histoire de me refaire une santé…). Mais, passons encore : je vois bien que je suis hors sujet. « Shine a light » a une meilleure distribution que « Berlin », et c’est très fâcheux. Première constatation pour ce qui est du cinéma dit « musical ». Je suis d’accord avec toi. Pourquoi ? Quel est donc le sens, le but de ce film ? Pourquoi est-il fait ainsi ? Tu en parles très bien, je trouve. Et surtout pour tout ce qui a rapport aux moyens techniques. Comme toi, j’aurais préféré plus de séquences historiques, ou que Marty nous fasse pénétrer dans les secrets de l’alchimie du groupe mythique, qui auraient pu mettre en lumière l’impact de ce groupe, en quoi il fit révolution. A part cela, étant plus Beatlemaniac qu’autre chose, les deux groupes ayant souvent été mis en parallèle, j’ai été surprise par l’énergie scénique époustouflante de Mick Jagger. Fascinée par ses rides, transcendées, par sa fougue, en une éternelle jeunesse. Je crois que c’est ce qui m’a marquée le plus. Que ces types soient restés intègres en cela. C’est beau ! La chirurgie esthétique me rebute. Je n’y peux rien. J’aime la vieillesse naturelle qui marque les visages. Elle renseigne tellement sur l’âme. Mais, l’allure de Jagger reste celle d’un jeune homme. Sa sensualité androgyne, dans ce film, n’ayant, pour ma part, suivi ce groupe que de très loin, est insensée. J’ai adoré cela. Et les yeux de chaman de Keith Richards, la tête qu’il fait quand il dit qu’il a eu de la chance (j’ai pensé à Nick qui lui avait sauvé la vie une fois, c’était dans son livre « L’envers du rock »). Après, le contenu musical du film, mis à part le fait que celui-ci retrace une jeunesse et une « folie » capables de se matérialiser encore quarante ans plus tard dans ces corps, ne me paraît pas bien nouveau. Comment un groupe peut-il rester aussi longtemps à « dire » et véhiculer les mêmes ingrédients ? La question reste entière pour moi. Je préfère de loin les artistes capables d’évoluer, comme Joni Mitchell ou Neil Young, ou Dylan. Il me semble que chez eux, tout sera toujours différent, surprenant. Mais, je me trompe peut-être. Est-ce parce que mes goûts musicaux s’en sont allés explorer d’autres horizons, je ne sais, toujours est-il que je suis ressortie de ce film avec un mal de tête légèrement persistant que je n’ai pu lâcher qu’après une bonne nuit de sommeil. J’aime les films, et il en existe, qui me font passer le mal de tête. Alors que s’est-il passé avec ce Scorsese ? Jeanne Morisseau Paris, le 3 mai 2008 www.pascalejeannemorisseau.com
Commentaire n°1 posté par Jeanne Morisseau le 04/05/2008 à 19h55

Profil

  • : jeanne dressen
  • lalune
  • : Femme
  • : 19/07/1976
  • : paris
  • : cinéma culture actualité films critique
  • : Je suis réalisatrice d'un film documentaire, pigiste pour CinéCinéma et cadreuse.

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