Les liens du sang
Un conte de noël est un film foisonnant. De répliques, de personnages, et de répétitions. On écoute, on regarde, on ne s’ennuie pas. A tel point qu’il faudrait presque le revoir, car beaucoup de paroles se perdent dans leur abondance.
Un conte de noël a pour principal intérêt sa crudité/cruauté. Une famille n’est pas, ici, un endroit où l’on s’aime. Mais une cellule où les liens du sang sont plus forts que tout, donc que l’amour. C’est ainsi qu’un fils (l’incontournable Mathieu Amalric) qui ne cesse de répéter qu’il n’aime pas sa mère (et qu’elle ne l’aime pas non plus -ce qu’elle confirme-) va se faire prélever de la moelle pour greffer et sauver cette dernière. Ou qu’une sœur qui hait son frère (toujours M.A.) finira par passer noël avec lui, parce que morale et autorité l’y obligent : leur mère est malade. Le fils rejeté revient donc en famille après cinq ans d’absence. Cette histoire de moelle est aussi un moyen pour lui d’exercer un peu de pouvoir, et de se faire, pour une fois, désirer. Un conte de noël raconte des liens familiaux fragiles ou défaits, et comment chaque membre de la famille vit ou survit au sein de cette cellule originelle. Desplechin a aussi le mérite de filmer l’alcoolisme autrement que sous un aspect caricatural : ici ce sont des personnages dont le principal trait de caractère n’est pas d’être alcooliques, mais qui le sont.
L’ennui est que le film se répète durant ses 2H30, et devient un peu confortable, voire complaisant. Galerie de personnages et de situations, il prend la forme d’un film d’acteurs. Avec de bons comédiens, mais quelques problèmes : on ne peut pas croire au couple Deneuve (grande bourgeoise ) – Roussillon (plutôt modeste) ; Amalric est comme souvent sur la corde raide entre le jeu naturel (parfois très moyen) et la composition tendance burlesque (où il excelle) ; alors que la fragilité, la « transparence » et la délicatesse d’Anne Consigny sont touchantes et qu’elle impressionne dans le Grand alibi de Bonitzer, elle est ici, dans un personnage assez proche, plutôt agaçante.
Encore une fois, on « apprécie » l’intransigeance du regard du cinéaste sur cette/la famille, mais le film reste sur un mode intellectuel et distant. Il lui manque vibrations, émotion,
et chair. L' Amour et La Nécéssité ?
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